Mobilité internationale

Dans la mondialisation, la mobilité internationale des cadres devient, pour les entreprises, un enjeu capital ; elle questionne, en des termes nouveaux, la gestion des ressources humaines et la production de valeur en contexte interculturel.

Comment se prépare la vie à l’étranger, comment se fonde la réussite professionnelle et quel est le devenir de cette expérience de l’expatriation, au retour, pour l’homme dépaysé et sa famille ? Quelles conséquences sur le processus de construction de son identité ? Sur les stratégies identitaires déployées ? Selon des modalités qui diffèrent de celles des travailleurs immigrés ou des réfugiés, les cadres internationaux vivent en effet l’épreuve du « choc culturel » selon différentes modalités, différentes stratégies de l’identité. Comment comprendre, par exemple, la capacité à relier culture d’origine, culture d’entreprise et culture métier de cet expert-comptable anglais, né en Inde, marié à une jeune femme indonésienne, et recruté aux Etats-Unis pour le compte de la filiale d’un groupe industriel français qui se définit comme « mondial » ?

Selon des modalités qui diffèrent de celles des travailleurs immigrés, des réfugiés et des « sans-papiers », les cadres internationaux vivent l’épreuve du « choc culturel » alors que, cosmopolites et hautement qualifiés, ils découvrent le monde en étant à leur tour découverts en leurs différences. Nos travaux analysent, d’un point de vue sociologique, les conséquences entraînées par l’expérience renouvelée de la mobilité internationale en entreprise sur la construction identitaire des cadres. Le double mouvement par lequel ces individus continuent à s'approprier l'esprit de la communauté à laquelle ils appartiennent et, en même temps, s'identifient à des rôles professionnels en apprenant à les jouer de manière personnelle et efficace hors de leur contexte culturel d'origine est un objet d'étude sociologique fécond mais encore peu étudié.

Comment analyser les trajectoire sociales dans une perspective qui prenne en compte le poids des déterminismes socioculturels, les enjeux psychiques inconscients et la dynamique de construction identitaire du sujet ?

Les trajectoires biographiques de ces cadres ne sont réductibles ni à l’intérêt des approches du “ rational choice ”, ni à l’hégémonie de l’acteur dirigeant, ni à des modèles de prévisibilité des conduites, en adaptation aux diverses contraintes de l’environnement. Dans une perspective délibérément constructiviste, entre “ culture reçue ” et “ culture vécue ”, nos travaux militent pour reconnaître l’importance des phénomènes de dissonances culturelles et ethniques qui, à côté des classes sociales, de l’âge, du sexe ou de la place dans le processus de production, structurent l’identité de nouveaux acteurs cosmopolites. Nos travaux démontrent que les manières de vivre la confrontation interculturelle de ces cadres dépendent d’une diversité de processus cumulatifs, liés aux capacités de négociation du sujet-travailleur dans l’organisation (“ atout pouvoir ”), aux ressources détenues dans la communauté d’origine (“ atout communautaire ”) ainsi qu’à celles détenues dans le contexte de la famille (“ atout familial ”). Les individus ne sont pas nécessairement écrasés par l’automatisme réglementaire et les statuts assignés qui s’abattent sur eux. Ils peuvent essayer de partiellement contrôler, au travers de stratégies identitaires, la désignation sociale dont ils sont objets.

Travailler à l'étranger

La question des conditions de construction des stéréotypes et de production de “ l’étiquette ” devient cruciale au sein d’organisations qui produisent des acteurs plus différenciés entre eux (dynamique interculturelle) mais aussi intérieurement (dynamique intraculturelle). Le caractère hétérogène des stratégies de l’identité liées à la mobilité internationale apporte un démenti au mythe de la grande entreprise comme lieu d'assimilation automatique tendant vers l’assimilation culturelle « sans retour » de ses membres. La culture et les identités peuvent ainsi devenir des ressources disponibles pour l’action sociale et en appellent à un besoin de reconnaissance dans l’entreprise « mondialisée ».

Découvrez cette émission de France Culture sur les élites de la mondialisation, enregistrée en 2010, qui rassemble Philippe Pierre et Yves Dezalay, directeur de recherche au CNRS.

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socialisation_des_cadres_internationaux_en_entreprise.txt · Last modified: 2013/07/23 01:34 by philippe